CREATION DE LA FACULTE DES SCIENCES ET SEPARATION DES COLLECTIONS D'HISTOIRE NATURELLE EN DEUX FONDS

EN 1840

 


  • Création de la faculté des sciences à Rennes et séparation des collections en deux fonds en 1840

    La faculté des sciences est créée par ordonnance royale le 12 septembre 1840. Le premier Doyen en est le naturaliste Félix Dujardin. Hyacinthe Pontallié est adjoint comme préparateur, tout en restant "Conservateur de toutes les collections scientifiques de la ville de Rennes". Il est demandé au Conservateur de faire un choix dans les anciennes collections "afin d'utiliser ce qui pouvait convenir à l'enseignement de la nouvelle Faculté". Six catalogues énumèrent les pièces qui seront attribuées à la faculté des sciences (répartition dans le tableau ci-dessous).

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Objets
Nb d'échantillons
Minéralogie
3 768
Ustensiles et instruments de minéralogie
79
Débris de zoologie
174
Coquilles
944
Echinodermes et Polypiers
94
Végétaux
2 798
Total
7 857

 

C'est à cette époque (1840) qu'intervient la séparation des collections en deux fonds. Une grande partie étant attribuée à la faculté des sciences, l'autre restant en dépôt dans les locaux de l'Hôtel de ville. La partie attribuée à la faculté des sciences sert à l'enseignement et de ce fait n'est plus accessible au public. Le reste des collections incombe à la charge de Hyacinthe Pontallié jusqu'à sa mort en 1851. Les cours gratuits, organisés au Musée par la municipalité, disparaissent et sont remplacés par les cours publics de la faculté des sciences. Les facultés nouvellement créées sont hébergées, provisoirement, au Présidial de l'Hôtel de ville (nord du bâtiment).

  • La lente mise en place du Palais Universitaire et la chaotique élaboration des nouvelles collections : 1852-1887
    • Le manque de place ne permettra pas finalement aux collections d'histoire naturelle d'être déménagées vers le Palais Universitaire (actuel Musée de Bretagne).

      Dès 1841, il est décidé de construire un édifice abritant les trois facultés, l'école de médecine, le Musée de tableaux et les collections scientifiques de la ville, mais ce n'est qu'en 1847 que les plans et les devis définitifs sont officiellement acceptés. Appelé Palais des Musées puis Palais Universitaire, cet édifice est construit sur l'ancien lit de la Vilaine dont le cours vient d'être rectifié. C'est un bâtiment rectangulaire de 65m sur 43m. Le rez-de-chaussée est destiné à l'école de médecine (ouest), à la faculté des sciences (est) et aux beaux-arts (sud). Le premier étage devait abriter la faculté des Lettres et la faculté de droit ainsi que le Musée de peinture (travée sud) et le second étage la bibliothèque universitaire . L'école de Médecine s'installe la première en 1852. Le public est admis au Palais en 1855 lors d'une exposition de machines agricoles, arts industriels, etc. A cette occasion les statues sont exposées au rez-de-chaussée et les tableaux au premier étage. Malheureusement, le Palais se révéla rapidement insuffisamment spatieux, notamment pour abriter à la fois les Collections d'Histoire naturelle et d'Archéologie. En 1860 les Collections d'Archéologie sont déménagées au Palais Universitaire, celles d'Histoire naturelle resteront à l'Hôtel de ville.

       

    • Le rôle de la société des sciences physiques et naturelles d'Auguste André concernant la partie des collections restée à l'Hôtel de ville (1860-1870)
    • En 1860 se fonde à Rennes une société des sciences physiques et naturelles du département d'Ille-et-Vilaine dont l'un des premiers objectifs est de "rassembler les éléments d'un Musée d'histoire naturelle pour la Bretagne et spécialement pour le département d'Ille-et-Vilaine". Cette société, qui eut pour Président Auguste André, Président à la Cour impériale, obtient de se réunir à l'Hôtel de ville, dans les salles libérées par le Musée Archéologique, et obtient aussi la garde des restes des collections de minéralogie, botanique et zoologie non attribuées à la faculté des sciences. La société accuse réception de ce dépôt:

      1. Une suite de minéraux provenant du Cabinet de M. le Marquis de Robien.

      2. Une suite de roches et de fossiles du département de la Côte-d'Or envoyés par M. de la Pylaie.

      3. Une suite de coquillages bivalves et univalves de provenance exotique, résidus des anciennes collections (principalement du Cabinet de Robien).

      4. Un herbier, réuni par M. Degland et qui forme l'Hortus rhedonensis.

      La Société des sciences physiques et naturelles non seulement veille à la conservation et l'entretien des collections mais les accroît. Une collection entomologique est léguée par les héritiers de M. Poullain de Saint-Foix (parent de Poullain du Parc), une autre de Lépidoptères par un naturaliste vannetais "qui a tenu à ce qu'on ignorât son nom". Deux volumes de Mémoires sont publiés par cette société, en 1863 et 1865, mais elle disparaît au cours des événements de 1870. L'un de ses derniers Présidents redonne à la ville les collections dont la société était la dépositaire pour qu'elles soient entreposées au Palais Universitaire. Pendant que le fonds des collections d'histoire naturelle survivait à l'Hôtel de ville, le Palais Universitaire allait accueillir lui aussi d'autres collections.

    • Le rôle de Monsieur Marie Rouault de 1853 à 1881, nommé Directeur-Conservateur du Musée de géologie en 1853
    • L'épopée de Marie Rouault, un autodidacte qui, issu d'un milieu fort modeste, intéressa à sa cause et à celle de la paléontologie régionale beaucoup de ses contemporains, se ponctue, en 1853, par la création, à côté de la direction des Musées de la ville, d'un poste de Directeur-Conservateur d'un Musée géologique. Créé spécialement pour lui, ce poste devait lui permettre de poursuivre des recherches, particulièrement brillantes de 1846 à 1851 et en contrepartie d'organiser le Musée. Sa collection géologique, dont il a fait don à la ville est entreposée dans l'Hôtel de ville, puis exposée dans le Palais Universitaire en 1856 "mais sans ordre, sans classement et sans étiquetage" (laisser-aller qui le fit révoquer). Un procès eut alors lieu. Marie Rouault contesta cette révocation et revendiqua la restitution des collections dont il avait fait don à la ville. Le savant géologue meurt en 1881, sans que le procès soit achevé, et après avoir légué -"au Muséum d'histoire naturelle de Paris tout ce qui pourra lui convenir" dans ses collections et "au Muséum de Cluny tout ce qui concerne l'Archéologie"-. La propriété des "Collections Rouault" étant devenue incertaine, il y eut un arrangement avec le Muséum d'histoire naturelle de Paris : l'ensemble des collections restant à la ville de Rennes (52 caisses) les doubles, nombreux, étant attribués au Muséum parisien.

      Parallèlement aux péripéties de la collection de géologie, les collections d'histoire naturelle du Palais Universitaire s'agrandissent. En 1865 la ville achète la collection de "coquilles vivantes" (= coquillages par opposition aux fossiles : coquilles mortes) du Dr. François-Marie Duval, ancien Directeur de l'école de médecine. Cette collection est annexée au Musée de géologie et des travaux de réorganisation du Palais sont alors accomplis pour l'accueillir. Des difficultés, liées en partie aux événements de 1870 et aussi aux problèmes de la direction des collections de géologie ne permettent la présentation des "coquilles vivantes" qu'à partir de 1872. Le Musée s'enrichit à nouveau avec le don du Directeur des Musées de la ville, le Dr. François-Marie Aussant, qui cède ses collections au Palais Universitaire. Il s'agit "d'une importante collection de minéralogie, de coquilles fossiles et vivantes, de madrépores et de nombreux objets de toute espèce". Ces collections retrouvent au Palais Universitaire celles du fonds Robien augmentées par la société des sciences physiques et naturelles.

    • Les collections d'histoire naturelle rejoignent le Palais Universitaire vers 1871
    • Trois gardiens supplémentaires sont recrutés en 1872 "qui ne seraient occupés que les jeudis et les dimanches où la foule est particulièrement nombreuse". Le Musée d'histoire naturelle, ouvert au public, est augmenté par une collection d'oiseaux offerte par la famille Monthuchon, et en 1874 par une collection de Lépidoptères et de Coléoptères offerte par Charles Oberthur. Après le décès du Dr. Aussant, Directeur des Musées de la ville, la municipalité de Rennes confie à son successeur, Auguste André (ancien président de la société des sciences physiques et naturelles) d'établir, en 1873, un inventaire des collections d'histoire naturelle avant de les remettre à monsieur Marie Rouault chargé de la conservation et du classement de tout ce qui se rattache à la géologie, à la paléontologie et à l'histoire naturelle. En raison des carences du travail de conservation de Marie Rouault et de la révocation de ce dernier, le Musée d'histoire naturelle est alors placé sous la tutelle administrative d'Auguste André qui cèdera sa collection personnelle de Coléoptères et son herbier à sa mort ; puis sous celle de son successeur M. Lucien Decombe, en 1878. Ces derniers administrateurs sont alors aidés par des spécialistes pour maintenir en état les collections d'histoire naturelle : en 1875, Pierre Bezier Inspecteur de l'enseignement primaire, et en 1886, Pierre Lesage préparateur de botanique et Conservateur des collections de la faculté, qui remit en état la collection de conchyliologie endommagée par un orage.

  • Les grandes heures du Musée : 1887-1943

      En 1887, Toussaint Bezier préparateur de zoologie à la faculté des sciences est nommé "Directeur-Conservateur du Musée de Géologie et d'Histoire naturelle". Dès lors, les collections, ouvertes gratuitement au public, deviennent considérables du fait d'un grand nombre de dons et achats, et bénéficient d'une direction administrative propre. Le Conservateur note que dès 1889, "tous les Mammifères ont déjà leur étiquette; et que les Oiseaux, les Reptiles et les Poissons ne "tarderont pas à avoir la leur".

      Les collections s'agrandissent en 1898 des collections de géologie régionale de M. Sacher. Lorsque, en 1908, la faculté des sciences quitte le Palais Universitaire (pour s'installer place Pasteur dans le bâtiment qui héberge de nos jours la faculté dentaire), les vitrines laissées sur place sont réemployées. L'un des derniers Conservateurs du Musée, Constant Houlbert, dresse en 1933 un état partiel de la richesse des collections municipales. Il indique 4 salles d'exposition pour la zoologie.

  • Les collections municipales sont dispersées pendant la guerre et seule une partie rejoint le fonds de la faculté des Sciences : 1943-1967

      Les collections d'histoire naturelle entreposées au Musée des beaux-arts sont victimes, en 1944, des nombreux bombardements que subit la région. Les bâtiments sont sérieusement endommagés. La ville recevra de la part de la commission d'indemnisation de la direction des Musées de France (D.M.F.) la somme de 209 080 Francs anciens, pour le Musée des beaux-arts et le Temple du Cerisier. Mais les collections ont été dispersées dans les écoles, les collèges et les lycées de l'agglomération rennaise ainsi qu'à la faculté des Sciences. Peu de documents sont disponibles sur cette période de transition et d'incertitudes quant à la répartition des spécimens et à leur entretien.

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